Little Big Galerie se met à/au nu

Au cœur du Montmartre des artistes, la Little Big Galerie expose jusqu’au 11 mars des photographes contemporains réunis autour de la question du nu. On pourrait croire avoir déjà tout vu, ou presque, sur la capture photographique du corps nu, mais les artistes présentés ici nous livrent une vision onirique, hors du temps, et tout à fait originale de ce poncif du monde de l’art. Tous se rejoignent sur l’utilisation du noir et blanc, dotant les corps d’une sculpturalité toute particulière – ceux-ci se transforment en objets de contemplation, voire de sensation tant les effets de matière sont recherchés. Mais chaque artiste travaille selon des procédés techniques différents (polaroid, argentique ou numérique) créant des univers parallèles qu’on est invité à explorer.

Gilles Rigoulet propose par exemple, avec la série « Transparences », un travail sur des positifs de films Polaroid qu’il expose, jusqu’à oxydation totale, ce qui peut durer parfois 13 ans. L’image se modifie peu à peu, laissant disparaître les formes des corps au profit d’un flou qui nous plonge dans le domaine de l’irréel. Ou plutôt dans l’inconscient du photographe, comme si nous entrions dans sa mémoire, qui archive les souvenirs et peu à peu les laisse s’embrumer.

Philippe Bréson préfère quant à lui travailler les négatifs au corps. Il les lacère, les troue, les contraint, livrant ainsi des corps féminins scarifiés mais sublimés. Suivant la transgression des limites incitée par Georges Bataille, Bréson redéfinit les corps au travers des négatifs mêmes. Car cet artiste voit une « analogie entre la peau et la pellicule. Deux surfaces sensibles s’il en est, fragiles et délicates. » La manipulation des négatifs crée alors des anatomies fantasmagoriques qu’on se plaît à éprouver, donnant à réfléchir sur le caractère d’objet, de fétiche que le corps de la femme peut revêtir.

On trouve également exposées les photographies de François Delebecque, troisième photographe à être reçu à la Villa Médicis, en 1984. Ses nus féminins – lui-même fait quelques apparitions dénudées – sont souvent placés dans une Nature sauvage, ou sommairement domestiquée, comme c’est le cas avec La Cabane, confrontant ainsi notre essence et notre civilisation. En regardant son œuvre, on se surprend à rêver de retrouver une nudité primaire dans une Nature mère, loin de la ville.

On pourrait enfin évoquer, parmi les nombreux photographes exposés, le travail d’Isabelle Levistre qui, par surimpressions et tirages au charbon, met au jour un univers onirique et empreint d’une grande sensibilité, où le corps parle un langage poétique. Et Levistre aime jouer avec les effets de matière en proposant la création de petites boîtes, à l’intérieur desquelles sont coulées des photos dans de la résine. La photographie devient ainsi un objet à part entière, au toucher lisse et plein, que l’on peut conserver comme un petit trésor. On peut aussi admirer sa série « Arbor Essence », surimpressions de dos nus féminins et d’écorces ou de feuilles, qui réinventent le corps selon une toute nouvelle sculpturalité, hybride et fantastique. Si cette série n’est pas officiellement présentée, on peut espérer voir quelques œuvres sur demande à la galeriste.

La Little Big Galerie réussit le pari d’exposer un grand nombre d’œuvres dans son espace pourtant réduit, typique des demeures montmartroises. On comprend ainsi mieux son nom : si elle est petite, sa grandeur est prouvée par la qualité et la diversité des artistes qu’elle présente. C’est au 45 rue Lepic, à deux pas de l’ancienne demeure du frère de Van Gogh, que l’on peut venir explorer l’un des derniers lieux authentiques de la création parisienne du XXème siècle. Cette adresse abrite un ensemble d’ateliers réunis autour d’un passage couvert, qui reste peu connu afin d’en préserver le calme et l’authenticité. Mais on vous donne justement l’occasion de découvrir ce lieu insolite avec le vernissage de « la Little Big Galerie se met à au nu », ce soir – mardi 16 février – dès 18h. Montez donc sur les hauteurs de la butte, vous ne serez pas déçu du voyage!

Irène Cavallaro

 

Image à la une : Stigmata 007, Philippe Bréson, 2001, Tirage argentique réalisé sur papier baryté, courtesy de Little Big Galerie, Paris.

 

« LITTLE BIG GALERIE SE MET A AU NU »

GILLES RIGOULET, PHILIPPE BRÉSON, GEORGES SAILLARD, ISABELLE LEVISTRE, GUILHEM SENGES, FRANÇOIS DELEBECQUE, ANA TORNEL, CLOTILDE NOBLET, FABRICE MALZIEU…

DU 13/02/2016 AU 11/03/2016

45, RUE LEPIC, 75018

http://littlebiggalerie.com/

 

 

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