« Hidden World » d’Olga Ityguilova à la galerie Loo & Lou !

C’est avec la puissante série « Hidden World » que la photographe Olga Ityguilova fait sa première entrée à la galerie Loo & Lou (dans son antenne située avenue Georges V), et cette première exposition révèle aux yeux de tous la force visuelle et spirituelle d’une oeuvre pour le moins hypnotique.

On entre dans l’exposition comme on entre en contemplation. L’obscurité d’abord, le silence de la nuit : la totalité de l’espace est plongée dans la pénombre, et des murs noirs émergent les photographies, éclairées par une subtile lumière blanche, comme autant d’invitations méditatives.

Olga Ityguilova a grandi en Sibérie, près du lac Baïkal, et a depuis toujours été en contact avec la nature, une nature indomptée, parfois sauvage, une nature qu’elle avait l’habitude de survoler l’été en hélicoptère avec ses parents vétérinaires. C’est cette nature que l’artiste met au coeur de son travail, et c’est cette même nature que nous retrouvons dans la quinzaine de photographies exposées et qui compose ces « mondes cachés », paysages énigmatiques où l’eau omniprésente s’impose avec force, pureté, douceur parfois, violence souvent, et toujours une envoutante beauté.

Les photographies d’Olga Ityguilova sont polymorphes. La plupart du temps en noir et blanc, certaines semblent avoir été faites au graphite, on a parfois même l’impression de percevoir le grain du papier. Considérant la photographie comme une surface picturale, l’artiste transforme la nature observée en une composition fantasmagorique. On ne peut alors s’empêcher de penser aux mots fameux de Paul Claudel : « L’invention picturale ou la fantasmagorie littéraire permettent de supporter le réel désolé en apportant des compensations magiques ». Si elle ne retouche pas ses photographies, Olga Ityguilova leur applique toujours le même jeu de miroir : à partir d’un axe, elle produit une coupe et duplique l’image en symétrie verticale, dans l’attitude jubilatoire de l’enfant qui reproduit une tâche par impression. Deux images inversées se répondent donc dans la photographie, et au centre, la collision. De ce rituel systématique nait une image fantomatique. De cette nature dupliquée surgissent des créatures surnaturelles, qui s’incarnent dans nos esprits.  Ce simple jeu de miroir, c’est le punctum dont parle Roland Barthes dans La chambre claire1, le détail qui vient déranger le studium, qui vient bouleverser le champ, et qui rend la photographie si captivante : elle devient oeuvre d’art !

La Sibérie est une terre de chamanisme. « Je viens d’un pays où le monde parallèle des esprits nous est familier. On vit avec, c’est la vie normale », nous dit Olga Ityguilova. Et c’est justement cette nature « animée » que nous propose subtilement l’artiste. Il suffit de changer de point de vue, d’appliquer un effet de miroir, et la nature laisse entrevoir des apparitions qui viennent à coup sûr frapper notre esprit. Alors des images surgissent, nous discernons des formes, parfois nous pensons les identifier : ici un aigle, là un visage mystérieux… Ces formes cristallisent notre attention, jusqu’à faire disparaitre la nature qui les compose : l’illusion s’impose comme réalité, la magie dont parle Paul Claudel opère. Et cette illusion, cette forme perçue, cette image fantomatique, parle à notre âme, la transporte même, dans une sorte de voyage chamanique2. Cette nature où l’eau abonde et où les esprits pullulent est un catalyseur de méditation, un initiateur de voyage spirituel. On ne ressort pas insensible de l’exposition d’Olga Ityguilova.

L’âme doit courir

Comme une eau limpide ;

L’âme doit courir,

Aimer ! et mourir. 

Marceline DESBORDES-VALMORE, tiré de « La Sincère »

 

Grégoire Prangé

1- Roland Barthes, La chambre claire : note sur la photographie, 1980.

2- Dans le chamanisme, l’âme, ou au moins la part perceptive, de l’homme a la faculté de quitter le corps, c’est le voyage de l’âme. Il peut être contrôlé (par les chamanes) mais la plupart du temps est provoqué par un facteur extérieur.

Image à la Une : Olga Ityguilova, Budha, tirage numérique, 43,5 x 58 cm, 2015. Courtesy Loo & Lou Gallery, Paris. 

 

OLGA ITYGUILOVA 
« HIDDEN WORLD »
LOO & LOU GALLERY
DU 24/02/2016 AU 02/04/2016
45, AVENUE GEORGE V
75 008 PARIS
http://looandlougallery.com

 

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