« Fragments » Kosuke Okahara – Polka Galerie

Kosuke Okahara a photographié Fukushima, lieu de catastrophe humaine et écologique, un travail qu’il présente en ce moment à la galerie Polka.

Depuis le début des années 2000, il s’attarde avec son appareil dans les différentes régions du monde où la condition humaine est en difficulté, que ce soit à cause de conflits armés comme au Darfour ou bien lorsque des malades sont abandonnés dans un village chinois. La photographie d’Okahara est avant tout un témoignage humain, il prend sans cesse le pouls d’une civilisation, sans jugements, sans artifices il nous présente des portraits, des paysages dans leur plus grande sincérité. En témoigne son remarquable projet Ibasyo[1], où pendant 4 ans, il a suivi des adolescentes pour comprendre leurs automutilations et le mal être de cette jeunesse nippone. C’est donc avec son nouveau travail sur le désastre de Fukushima que l’artiste nous invite à nous immerger dans son univers en noir et blanc.

Les images s’alternent, entre paysages urbains et paysages naturels. Les clichés de la ville sont puissants : bâtiments dévastés, débris enfouis sous une végétation qui reprend sa place, rues quasiment vides. Seules quelques traces humaines s’agitent encore dans un décor où la vie s’est enfuie. Un vide qui se manifeste lorsque l’artiste photographie la tristesse du rivage, l’eau semble dévastée elle aussi. Ces plages méconnues où aucun indice du drame n’apparaît, transpirent pourtant de la lourdeur des photographies urbaines. Les clichés se contaminent. On ressent le besoin de Kosuke Okahara de nous montrer les divers impacts. Les photographies de l’océan semblent également nous suggérer un rappel, le rappel que c’est de lui qu’est venu le danger, genèse de la destruction. Il partage désormais sur la couche photosensible le rôle de victime.

Kosuke Okahara s’est attaché à nous signaler plusieurs aspects de ce désastre. Au fil des images nous voyons se dessiner une continuité, un dialogue à travers les sujets photographiés qu’ils soient d’essence humaine, urbaine ou naturelle. Les trois coïncident, se répondent, se renvoient même leur propre image comme c’est le cas de cette prise de vue en bord de mer où cette structure se retrouve détruite et devient insignifiante dans l’univers morne où elle se trouve. Ces prises de vue autoritaires dénotent une féroce envie de témoigner de vouloir capturer le vide et le silence qui engloutit cette ville.

Des prises frontales, une radicalité quasi documentaire donne au travail une sensibilité propre, issue d’une distance impassible avec le lieu comme si Okahara voulait s’éloigner de son sujet pour en saisir les moindres détails, les moindres mouvements et finalement lui donner une honnêteté brillante comme avait pu le faire Marville[2] en prenant les rues de Paris. A la différence que pour Okahara le paysage s’est déjà dérobé, ce n’est plus que des traces, tout n’est plus que résidus, fragments.

Kevin Desloir
@KDesloir

[1] http://ibasyobook.com
[2] http://vergue.com/pages/Catalogue-Marville-Vieux-Paris

Image à la une : Kosuke Okahara, Fukushima Japon, détail, Tirage gélatino-argentique sur papier baryté, 2011-2014, Coutesy Polka Galerie

Kosuke Okahara – Fragments
Du 11 Mars au 16 avril 2016
Polka Galerie
12 Rue Saint-Gilles 75003 Paris
http://www.polkagalerie.com

 

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