Noty & Aroz, le Street Art éclairé

Noty and Aroz, c’est d’abord une histoire d’amitié. Rencontrés à l’école primaire, les deux amis ne se sont plus jamais quittés. Après leurs études, ils créent un squat artistique dans une vieille ferme abandonnée : le Silo. C’est dans ce lieu atypique qu’ils apprennent par leurs propres moyens, et façonnent leur processus créatif. Autodidactes jusqu’au bout du spray, ils testent différents médiums : aquarelle à la seringue, pochoir… en faisant avec ce qu’ils avaient sous la main. Mais bientôt les deux artistes doivent déménager. Expulsés de leur berceau, ils s’installent à Montrouge, où ils travaillent toujours, entourés d’autres copains-artistes. En somme, une histoire comme on en voudrait tous. Travailler avec ses amis et aimer ça.

Conscients de ce qui se passe dans la société qui les entoure, Noty and Aroz opèrent un constat : notre génération subit une crise spirituelle. Les grandes figures engagées politiquement du temps de nos parents ont disparues. Exit Coluche and Co. La génération Y se devait donc de retrouver des guides. Pour ce faire, elle se tourne alors vers la fiction : les super héros deviennent les nouveaux dieux. Les artistes s’interrogent alors sur l’impact que peut avoir la fiction sur la réalité, et vice versa. Ils ont bien fait de se poser la question, car ce qui en découle se retrouve aujourd’hui à la Nexstreet Gallery.

L’exposition « Mythologeny » est une formidable confrontation entre le sacré et le populaire, à travers des pièces toutes plus séduisantes les unes que les autres. Face à une oeuvre de Noty and Aroz, cette opposition prend corps, d’abord par la sculpture. En effet, depuis les débuts de l’humanité, l’homme s’est attaché à donner vie à ses idoles par le biais de cette technique.
Chacune de leur sculpture est un condensé de centaines de petites pièces de bois soigneusement découpées à la main et peintes à la bombe, au pochoir. Assemblées à l’aide de clous, elles forment un tout en trois dimensions, représentant l’idole 2.0. Tout est artisanal, ici, pas de découpe au laser. Ainsi, le duo renoue avec une tradition ancestrale qu’on aurait presque tendance à oublier, à l’heure où l’industrialisation prend le pas sur la création.

Leur talent leur permet alors de créer un panthéon moderne, dans lequel derrière chaque personnage représenté se cache une histoire. Aucun n’est choisi par hasard. Ils ne viennent pas du même univers, mais ils ont tous un point commun : sans exception, ces derniers portent un masque. D’Iron Man en passant par Zorro, les artistes revisitent des personnages ayant une présence à la fois graphique et sociale.

Ainsi, la pièce intitulée Star Shivar représente un Stormtrooper de la célèbre saga Star Wars. Dans cette série de films connue de tous, maintes choses fonctionnent par trois. Les personnages principaux ne sont ni gentils ni méchants, ils sont constamment tiraillés entre le bien et le mal. Partant de ce constat, ils font alors le lien avec la Trinité hindouiste, composée de Shiva, Brahma et Vishnu. Le Stormtrooper, loyal serviteur du côté obscur de la Force, est alors comparé à Bairahva, une des formes terrifiantes de Shiva, crainte mais non moins vénérée par les fidèles.
Toute cette recherche intellectuelle s’exprime également graphiquement. En effet, les différents éléments composants la sculpture participent à l’échange qui s’opère entre le populaire et le sacré. Le sujet principal est transcrit par les différents symboles savamment introduits par les artistes. Par exemple, des mandalas forment le bas du casque du Stormtrooper. Par essence, ils se ressemblent tous, mais sont uniques. Tout comme ce support de prière, le soldat de l’armée impériale est un clone, mais qui possède sa propre individualité. Renversant, non ?

Ainsi, Noty & Aroz nous proposent un art de la rue intellectuel, comme un essai philosophique qui prend vie à mesure que les morceaux de bois s’assemblent et se colorent. Le hasard n’a pas sa place ici, puisque tout est réflexion. Dans la rue comme en galerie, leur travail nous donne à voir notre société sous un autre angle, et questionne nos croyances, qu’elles soient antiques ou contemporaines. Foncez vite voir cet incroyable mélange à la Nextstreet Gallery jusqu’à dimanche. Sinon levez les yeux, vous croiserez peut être un de leurs pochoirs au coin d’une avenue.

Flavie Ingelaere

http://www.noty-aroz.com

http://www.nextstreetgallery.com

Photo : « Star Shivar », Aérosol sur Aluminium, 70 x 60 cm. Courtesy Nexstreet Gallery.

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