Zarina Hashmi, Life Lines – Galerie Jeanne Bucher Jaeger

Du 17 septembre au 5 novembre 2016, la galerie Jeanne Bucher Jaeger présente dans son espace du Marais l’exposition Life Lines rassemblant les derniers travaux de Zarina Hashmi. Ils incarnent le cheminement personnel de l’artiste, qui d’un voyage terrestre, nous conduit vers des sphères plus célestes et spirituelles.

Zarina, telle qu’elle se fait couramment appeler, place le papier au cœur de son processus créatif. Fille d’un universitaire indien de confession musulmane, elle grandit entourée de livres, ce qui la dote d’une appréhension sensible de ce médium.  Elle établit avec lui un rapport corporel, le comparant à une seconde peau. Sa rétrospective, organisée en 2012 par le Hammer Museum de Los Angeles, prend d’ailleurs le nom  Paper like Skin.  Découpé, collé, sculpté, le papier est souvent laissé à nu afin de nous révéler toutes ses propriétés plastiques. Mais il est aussi imprimé, l’artiste ayant fréquemment recours à la xylographie, technique qu’elle affectionne. L’usage de ce médium revêt toute une symbolique. Le papier s’incarne comme le support de notre histoire, établissant le lien entre notre passé et notre présent. Il véhicule également la parole sacrée, particulièrement dans l’Islam, religion du livre. Certaines œuvres de Zarina rappellent les enluminures coraniques persanes de par la finesse de leur exécution mais aussi de par les calligraphies qui s’y trouvent. Elles comportent des inscriptions en Urdu, langue maternelle de l’artiste.  Celle-ci tendant à s’effacer de sa mémoire, l’écrire c’est reconquérir une identité perdue.

Cette quête d’identité est centrale dans le travail de Zarina Hashmi. Née dans le nord de l’Inde, en Uttar Pradesh en 1937, elle assiste, alors âgée de dix ans, à la partition entre l’Inde et le Pakistan. Cet évènement conduit sa famille à l’exil. Son mariage avec un diplomate renforce ce nomadisme, le suivant dans ses constants déplacements. De ce contexte, en résulte une approche personnelle du territoire, de la maison, du foyer. L’œuvre Without Destination, bien qu’empreinte d’un vocabulaire minimaliste tendant vers l’abstraction, nous évoque par ses lignes une tente, un refuge pour celui qui n’a pas d’attache. Zarina cartographie les villes où elle s’arrête, les plans de ses habitations temporaires, telle une manière de se réapproprier le territoire.  Le titre de l’exposition Life Lines invite à penser ce fil conducteur déterminant dans la vie de l’artiste. Cette ligne de vie peut être interprétée comme le tracé de la frontière. Ce tracé s’impose dans le milieu naturel par la décision arbitraire de l’homme. Elle se matérialise par une simple ligne, parfois virtuelle, mais dont l’emplacement affecte des milliers de personnes. Cette ligne-frontière obsède l’artiste, se multipliant dans ses travaux. Dans Abyss, des hachures dessinent la frontière indo-pakistanaise fixée en 1947, semblable à une balafre ne parvenant pas à cicatriser.

Ne pouvant trouver une forme de stabilité géographique, Zarina se tourne, dans ses œuvres les plus récentes, vers la quête d’une stabilité spirituelle.  Nourrie des religions, cultes et cultures qu’elle rencontre lors de ses séjours à l’étranger, sa recherche du foyer aboutirait alors peut-être à quelque chose de plus métaphysique face à l’insécurité du matériel. L’évolution est nettement perceptible. Life lines peut alors revêtir un autre sens, plus ésotérique : celui de la ligne de vie de la main, interprétée par les diseuses de bonne aventure. Cette dimension astrologique se reflète dans de nouveaux motifs : des astres, des constellations, des calendriers lunaires imaginaires, de nouvelles planètes à explorer… Ainsi Shattering sky I nous dévoile ses cratères lunaires, que nul ne semble avoir foulé. Zarina introduit dans ses travaux la feuille d’or pour exhaler cette sacralité. La fragilité du papier est occultée par la préciosité de l’or. Il s’habille de lumière. Pour l’artiste, cet apport du spirituel est une forme d’acceptation de notre mortalité, par les perspectives divines qu’il nous laisse entrevoir : un foyer éternel.

Pauline Schweitzer

Image à la une : Zarina Hashmi, Life Lines, Vue de l’exposition, Galerie Jeanne Bucher Jaeger – Espace Marais, Paris, 2016, Photographie de Hervé Abbadie  – Courtesy Jeanne Bucher Jaeger, Paris.

Zarina Hashmi
Life Lines
Galerie Jeanne Bucher Jaeger – Espace Marais
Du 17 septembre au 5 novembre 2016
5 et 7 rue de Saintonge, 75003 Paris
http://jeannebucherjaeger.com/fr/

 

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