Antoine Donzeaud – Galerie Valentin

La galerie Valentin nous propose une immersion dans les œuvres d’Antoine Donzeaud du 20 octobre au 19 Novembre dans une exposition intitulée « de 10h à 4h du matin », en référence au titre « je vis, je visser » [vendre de la drogue, en argot] des rappeurs PNL.

Antoine Donzeaud est un plasticien qui bricole. Lors de ses études à la Villa Arson, il s’essaie à la figuration qui ne le satisfait pas pleinement. Il se tourne alors vers l’exploitation entière du matériau « tableau », s’approchant, par ce biais, des pratiques de Louis Cane ou de Daniel Dezeuze. Il décolle sa toile, démonte, débite, remplace, colle, cultive les possibilités expressives de l’objet en lui-même.

La sacralité du médium est également mise à mal chez le jeune artiste. La toile n’est plus protagoniste, elle est préférée à la trivialité du polyéthylène, et à la banalité de la bâche en plastique. Une fois ces deux matières assemblées et tendues, Antoine Donzeaud s’emploie à sérigraphier ses bâches et à asperger à coup d’aérosol le polyéthylène. Le format, quant à lui, d’apparence rectangulaire, se trouve allongé dans certains angles, découpé dans d’autres. On devine, dans le choix des matériaux, l’envie de décortiquer le processus créatif. L’artiste fait le choix de l’honnêteté, en laissant la liberté au visiteur de questionner la catégorisation même des objets présentés.

Parallèlement, ces toiles font état d’une disparition de la touche artistique, l’identité de l’artiste est donc à reconnaître à travers le systématisme formel de ces œuvres. A travers elles, Antoine Donzeaud ne nous présente aucune exubérance, aucun spectacle. Les œuvres sont simples, lisibles, et, ensembles, déclenchent une impression d’abandon.

Dans le premier espace, un écran est posé au sol, face à l’entrée, disposé quasiment au milieu de la pièce. Il happe le visiteur : une jeune femme, dans sa chambre, s’adonne à une gymnastique hypnotique : ses doigts virevoltent, avec fluidité et dextérité, comme pour attirer le visiteur dans la galerie. Le long du mur, les toiles sérigraphiées et taguées apparaissent comme un lointain écho au street art. L’assemblage est intriguant et les tableaux semblent décontextualisés de leurs lieux d’origines, comme trop brut pour le mur blanc de la galerie. Cette idée d’objets décontextualisés se retrouve sur quelques sérigraphies, dans Ordinary Objects for Common Use (Couchh) par exemple : l’artiste utilise la texture même de la bâche pour nous révéler la photographie d’un canapé délabré et tagué. Les aspérités à la surface du matériau le font apparaître comme un souvenir, une trace mélancolique d’un moment révolu. Sans doute abandonné, il habite à présent un espace pour lequel il n’a pas été pensé, la rue.

Symboles d’ouverture sur l’extérieur, et de respiration, les fenêtres d’Antoine Donzeaud sont pourtant fermées, emballées dans du polyéthylène, et scandent l’espace, au milieu de la seconde salle. Elles perturbent le visiteur qui les retrouve suspendues au plafond, privées de leurs murs, orphelines. L’emballage perd cependant de sa neutralité habituelle : il est maculé de giclures de peinture à la bombe. Les trait, furtifs et souples, accompagnés de taches colorées, éclaboussent la fenêtre comme pour signifier qu’elle a été abandonnée, laissée pour compte. L’esthétique du street art reprend à nouveau ses droits.

Le titre de l’exposition, renvoie au morceau « je vis, je visser » interprété par PNL. Le groupe de rap y fait référence à la routine des vendeurs de drogue, qui attendent quotidiennement dans les coins de rue un éventuel acheteur ou un coup de téléphone. Antoine Donzeaud lie cette ambiance à son imagerie contemporaine.

En outre, dans « je vis, je visser », les rappeurs expriment leur ennui face à leur routine monotone et leur désir de changer de vie. Ils se trouvent dans un moment transitoire, hésitant, à la manière des œuvres d’Antoine Donzeaud qui oscillent entre souvenir de leur condition passée, et réappropriation présente par la main de l’artiste.

En définitive que ce soit le tableau, revisité techniquement par l’artiste, où les objets comme la fenêtre où l’image du canapé, qui paraissent abandonnés, les objets d’Antoine Donzeaud portent en eux le désir de marquer un temps mouvant, en mutation. Dans l’exposition, l’agencement des deux salles fait état de ce cheminent. La première salle nous plonge dans l’univers de la rue, nous apporte un regard, qui n’est pas encore teinté de négativisme. Sur Ordinary Objects for Common Use (Closed eyes) une jeune femme sourit, épanouie et insouciante. La seconde salle qui accueille les fenêtres, paraît plus sombre, les canapés sérigraphiés sont abandonnés, tagués, et accompagnés par des capes de pluies, disposées sur le mur, traces d’une présence fantomatique.

Margaux Luchet

 

Image à la Une : Vue d’exposition “De 10h à 4h du matin”
Valentin gallery, Paris, France, 2016.
© Photo: Grégory Copitet / Courtesy of the artist and Valentin, Paris.

« De 10h à 4h du matin » d’Antoine Donzeaud
Galerie Valentin
Jeudi 20 Octobre – Samedi 19 Novembre 2016
9 rue saint-Gilles, 75003 Paris
Site de la galerie Chez Valentin

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