FRAGMENTS – GALERIE LES FILLES DU CALVAIRE

Du 2 décembre 2016 au 14 janvier 2017, la Galerie les filles du calvaire nous propose une exposition centrée sur les diverses potentialités du collage. A cette occasion, neufs artistes sont invités par Christine Ollier pour penser le « Fragment ». Les deux niveaux de la galerie se trouvent alors peuplés d’assemblages essentiellement bidimensionnels de tailles similaires : l’accrochage se révèle peu fantaisiste, minimaliste et clairement rigoureux. Cette apparente exigence formelle nourrit cependant un propos intriguant et lyrique que l’exposition nous invite à explorer pas à pas.

Au rez-de-chaussée, les petits formats sont privilégiés, le visiteur est invité à jouer la proximité avec les œuvres. Il est placé comme voyeuriste, comme obligé de se rapprocher notamment pour appréhender les œuvres de Katrien de Blauwer. Une dynamique s’installe, un moment. L’artiste compose ses images à partir de magazines. Les sujets sont découpés, déchirés, et recollés sommairement sur un fond noir ou coloré, lui-même abimé ou vieilli. Mais l’artiste choisit de nous montrer l’hors-champ, évacue ce pour quoi la photographie est prise. Des pieds de femmes sont ainsi associés à une envolée d’oiseaux noirs et menaçants : on croit déceler du Hitchcock. En définitive, une forme de nostalgie et de lyrisme émane de l’assemblage des images et des tableaux entre eux : les jupes des femmes sont longues et plissées, les chairs sont porcelaineuses, les photos sont en noir et blanc… On invoque un passé révolu.

Nul doute que le cinéma est également pris pour source d’inspiration dans l’œuvre de Claudia Huidobro. A partir de morceaux de corps, minutieusement découpés cette fois-ci, l’artiste crée une forme géométrique d’où partent de nombreuses lignes fuyantes. Les corps sont assemblés en suite de panneaux latéraux. Ils se retrouvent mis en mouvement et se marient avec véhémence : à une jambe levée répond un bras tendu, on suit une course effrénée. Les panneaux pris à part semblent pourtant représenter des morceaux de statues, immobiles et marbrées.

Dans Sans Titre, de la série « Fractal Scars, salt water and Tears » d’Esther Teichmann, on retrouve un paysage tropical à l’arrière-plan. Il y a là quelque chose d’intouché, de sacré, de vierge et de vibrant. Des lianes parcourent la toile, comme pour faire barrage à la présence humaine. Pourtant, par-dessus cette rêverie, est superposé un corps de femme nu, courbé, aux contours sensuels et flous, le tout baigné dans une teinte verdâtre. Le corps accueille le paysage, il le reçoit et l’englobe. La position de la femme, de profil, comme à quatre pattes, efface son humanité. Elle laisse le matériau, la chair, s’imprimer dans la paisible forêt.

A l’étage, trônent trois des architectures futuristes imaginées par Noémie Goudal. Sur une calme étendue d’eau se hissent des bâtiments sombres, contrastés, baignant dans une teinte grisâtre mais physiquement très attirants. Ils paraissent comme une promesse de monde aseptisé tant ils sont propres et droits. Cependant, la mysticité qui se dégage de ces contours nets, mordants, force l’attention et pousse le visiteur à les trouver familiers voire chaleureux.

L’espace est donc à l’honneur dans cette salle. Aux côtés des fantasmes architecturaux de Noémie Goudal, trois grands rectangles d’un jaune pâle rythment la paroi. Le dernier semble imprimé, il représente des fleurs, un feuillage, un endroit exotique, tropical. Ces trois rectangles accueillent les photographies de Benjamin Mouly, soigneusement encadrées et disposées sobrement sur le mur. On remarque un oiseau sur une corde à linge, une femme, nue, qui semble se sécher les cheveux, ou encore un corps, malicieusement caché sous une feuille de palmier. Parfois, plusieurs photographies plus ou moins saturées ou contrastées se partagent le même cadre. L’iconographie ne semble pas servir de liant entre les œuvres. L’unité se trouve dans la ligne, le recadrage, dans le non-sujet et la globalité qui est suscitée par la présence de ces panneaux jaunes. Cette logique trouve un écho sur le mur d’en face : L’artiste finlandaise Anni Lappälä se concentre, elle aussi, sur l’espace, sur l’ensemble. Le banal y est ici sublimé. Un gros plan d’une forêt brumeuse englouti la photographie petit format d’une femme, sur un lit, de dos. L’esthétique est soigneusement composée, hypnotique, et se refuse à hiérarchiser les sujets. Le mur entier forme un bulle silencieuse qui invite à l’évasion.

En bref, le collage tel qu’il nous est donné à voir dans la Galerie les filles du calvaire, semble capter l’« à côté »  tout en montrant l’onirique corrélation entre les corps et la nature. Ici, le collage, comme assemblage de diverses pincées du réel, évoque, chez la plupart des artistes, une variation sur l’appréhension du corps humain. Vu comme matériau malléable, l’exposition joue de ses formes et le fait voyager dans différents tableaux. Nu ou habillé, il est découpé, recadré, flouté et inséré dans une certaine vision du réel. Mais c’est avant tout dans un réel détourné que nous sommes invités, dans un réel choisi qui fait l’éloge d’une vie sage, calme, loin du consumérisme et de l’actuelle société.

 

Margaux Luchet

 

Image à la une : Catherine Poncin, La boîte de Pandore, 2008, courtesy Galerie les Filles du Calvaire
« Fragments »
Galerie les Filles du Calvaire
02 décembre 2016 – 14 janvier 2017 (fermeture du 22 décembre au 02 janvier)
17 rue des Filles-du-Calvaire, 75003 Paris
Site de la Galerie des Filles du Calvaire

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