Biennale de Paname : Pour une démocratisation de l’art contemporain

Arrivée en grande pompe la semaine dernière, la Biennale de Paname a accueilli pour sa première édition près de 6 000 curieux. Dernière venue parmi les événements artistiques qui gravitent autour de la Fiac, elle se veut démocratique et révélatrice des talents de demain. Salomé Partouche et Jean Samuel Halifi, les organisateurs de la manifestation, eux-mêmes artistes, sont revenus pour Jeunes Critiques d’Art sur leurs ambitions pour la création contemporaine.

 

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Camille Bardin : Comment vous est venue l’idée de créer la Biennale de Paname ?
Salomé Partouche : Quand je suis revenue de mes études au Central Saint Martins à Londres nous avions plein d’envies Jean Samuel et moi. Et puis en 2014 nous avons participé à une biennale en tant qu’artistes et il me disait « nous devrions créer la nôtre. » Je le prenais pour un fou, je pensais que cela représenterait vraiment beaucoup trop de travail. Puis, en en parlant autour de nous, on s’est rendu compte qu’il y avait une vraie demande. Alors on a fini par se lancer dans cette aventure. C’est aussi cette génération de jeunes artistes qui nous a fait croire en ce projet et grâce à qui on s’est dit que c’était possible. Nous sommes deux artistes et nous savons très bien que c’est compliqué en France. Alors on a voulu donner une chance et finalement créer une place aux artistes de notre génération.
Jean Samuel Halifi : On faisait des tours d’ateliers et trouvait géniaux plein de travaux. On s’est dit qu’on ne pouvait pas simplement regarder leur travail, l’aimer, sans rien leur proposer derrière. Nous voulions montrer le travail d’artistes qu’on respecte immensément. On voulait créer un évènement pour les artistes. Leur donner une chance de pouvoir présenter leurs créations, en mettant de côté tous les intermédiaires qui font que le chemin est plus difficile.

 

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C.  B. : La manifestation que vous proposez a eu lieu pendant la Fiac. J’ai la sensation que vous vouliez faire le contrepied de tout un marché.
J.S.  H. : On a eu envie de proposer un évènement alternatif. Nous ne sommes pas contre la Fiac. Si la Biennale de Paname a lieu pendant celle-ci ce n’est pas par hasard mais on ne se place pas contre non plus. Ce n’est pas une foire. Certaines œuvres étaient proposées à la vente mais c’est uniquement quand l’artiste le désirait. Le but était vraiment de créer un évènement artistique en soi. Nous ne voulions pas simplement montrer les derniers produits présents sur le marché.
J.S.  P. : Nous respectons les institutions, c’est très bien qu’elles soient là, les galeries également ; elles ont un rôle à jouer et notre ambition n’est absolument pas de prendre la place de qui que ce soit. On veut simplement se faire une place. On voit les mêmes choses un peu partout aujourd’hui. On a eu envie de mettre en lumière des travaux qui se font actuellement et qui ne sont pas forcément visibles en galerie. Aujourd’hui on essaie beaucoup trop de cérébraliser les choses. On aimerait revenir à quelque chose de beaucoup plus animal. On présente évidemment des artistes conceptuels mais ce ne sont pas non plus des dogmatiques. Chaque artiste, quel que soit son travail, est profondément généreux. Tous ont envie de proposer quelque chose.

Biennale de paname

C.  B. : Sans voir l’engagement de partout, vous semblez avoir un message bien plus fort que si vous organisiez une simple biennale. Ne serait-ce que l’emploi de l’argot, le fait d’avoir collé des affiches partout dans la capitale et l’adoption d’un langage presque mainstream me font m’interroger…
J.S.  H. : L’envie est de démocratiser l’art, de parler à tout le monde. On utilise les outils que nous avons à disposition. On vit avec notre temps et on utilise ses codes, pour toucher un maximum de personnes. Certains de nos amis ne se sentent pas concernés par l’art contemporain, parce que trop élitiste à leurs yeux. Mais ça ne fonctionne pas comme ça : quand tu viens à un vernissage, il n’y a ni code, ni règle. En soi le message est clair : toi qui crois que tu n’as pas ta place dans une galerie ou une foire parce qu’on t’a dit ou t’a fait comprendre que ce n’était pas pour toi, viens à la Biennale de Paname.
S.  P. : L’idée avec la Biennale de Paname c’est de drainer une nouvelle génération vers les galeries et les musées. Aujourd’hui, si on se sert autant des réseaux sociaux, par exemple, c’est pour reprendre les codes d’une certaine partie de la population et la motiver à intégrer le milieu de l’art. En ce qui concerne « Paname », le nom nous est venu de la Biennale de Paris. C’est un évènement organisé par des artistes pour des artistes. Notre volonté était de la rajeunir, de la faire en version 2.0. Nous voulions aussi laisser une place à une culture un peu plus urbaine en invitant deux rappeurs, Doums et Ormaz. Mais aussi un artiste sonore qui travaille autour de la notion d’espace et des rapports que l’on entretient avec, puis dans un tout autre registre il y avait un chanteur beaucoup plus acoustique. On voulait donner des rendez-vous au public ; pas simplement montrer une exposition de façon simple et stérile. En somme, l’objectif était d’amener les gens à l’art par des biais peut être plus alternatifs. Ce serait drôle si quelqu’un était uniquement venu pour voir un rappeur et qu’il avait fini par se perdre dans l’exposition et découvrir des œuvres qui lui plaisent. Peut-être qu’il y a eu des déclenchements…

 

Image à la une : Salomé Partouche et Jean Samuel Halifi © 10 days in Paris

3 réflexions sur “Biennale de Paname : Pour une démocratisation de l’art contemporain

  1. Merci bien. Vous me faites regretter de ne pas être parisien. (mon commentaire est nul, je le vois bien, mais c’était façon de vous dire que le travail que vous faites, à « jeunes critiques d’art » m’intéresse beaucoup) 😉

    Aimé par 1 personne

  2. C’est toujours un réel plaisir pour moi de vous lire: Jeunes critiques d’art.
    Je désire ardemment pouvoir écrire comme vous le faîtes. En plus, vous savez le faire au point de penser par moment que nous y arriverons jamais à le faire aussi.
    Mais, tant qu’il y a la vie il y a de l’espoir. Et avec la foi et la persévérance, nous pensons y arriver un jour avec votre aide bien sûre.
    Bonne continuation…

    Aimé par 1 personne

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