Tatouage et pop culture : quand la peau se fait art à la Galerie Sakura

Dans ces dessins emblématiques, il y a une source précieuse de renseignements sur la nature des idées morales des tatoués : leur pensée ordinaire, les images qui leur sont chères, leurs souvenirs intimes, parfois inavouables, et même leurs projets de vengeance cyniquement formulés. Les tatouages, par leur variété et leur nombre, marquent souvent les étapes de la vie d’un individu, et parfois sa nature morale. Ce sont des cicatrices parlantes.

C’est en ces termes que le criminologue Alexandre Lacassagne décrit les marques que se font mutuellement les criminels en geôle. En 1881, ce médecin lyonnais avait déjà cerné le fait que de telles pratiques racontaient à la fois la vie d’un individu, mais aussi son appartenance à un groupe. Avec le temps, de communautaire, le tatouage est devenu populaire.

Trois ans après le Musée du Quai Branly, la Galerie Sakura s’empare de ce phénomène à travers l’exposition « L’art dans la peau », du 8 novembre 2017 au 14 janvier 2018. 42 artistes y présentent leurs œuvres et leurs visions du tatouage dans la société contemporaine.

Sur deux niveaux, la galerie présente des œuvres éclectiques et ludiques, qui donnent le sourire. Ici, ce n’est pas l’histoire du tatouage qui est retracée, mais l’utilisation que les artistes en font pour montrer l’ampleur d’un phénomène de société. À l’heure où les conventions, les studios et les expositions fleurissent partout dans le monde, le tatouage devient endémique : il touche désormais toutes les couches de la société, tous les pays, toutes les tranches d’âge. C’est cette idée qui est principalement mise en avant dans cette exposition. En effet, la galerie s’est appliquée à choisir des œuvres impliquant divers médiums (photographie, sculpture, peinture…) et des artistes travaillant dans différents pays.

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El Sable del Matador / The Darth Side of the Geisha / Saint Trooper – Travis Durden

 

Dès l’entrée, le ton est donné. Trois photographies de l’artiste Travis Durden nous plongent immédiatement dans ce que sera l’exposition. The Darth Side of the Geisha est particulièrement saisissante : la courtisane dévoile son dos avec élégance, entièrement tatoué ; comme pour dire « je ne suis pas celle que vous croyez ». Le vêtement serait-il alors l’élément qui cache la véritable personnalité des tatoués ? Cette idée se retrouve dans les photographies d’Alan Powdrill. Ce dernier brosse le portrait double de divers individus : la même personne est alors entièrement habillée, puis nue, laissant découvrir les multiples tatouages qui se cachaient sous les vêtements. Ces œuvres soulignent un fait inhérent au tatouage dans notre société : la nécessité de les dissimuler. Le travail, autrui, la famille… autant de regardeurs qui jugent ce qui est inscrit à vie sur leur peau. Certains les cachent par pudeur, d’autres par peur des regards extérieurs. Mais tous ces portraits ont en commun de montrer au monde que oui, les personnes tatouées peuvent assumer et montrer qui elles sont. Les mentalités évoluent à mesure que le tatouage se démocratise. Il est désormais temps d’enlever ses vêtements !

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Covered Alex – Alan Powdrill

 

Outre ces acteurs du quotidien, l’exposition fait la part belle aux icônes, qu’elles soient religieuses ou pop. Une des salles est presque entièrement consacrée à l’artiste Redhape. Sur de grands formats, il recouvre de tatouages Mickey, Frankenstein, Dexter, C3PO et bien d’autres encore. Chaque dessin qui recouvre le corps de ces personnages fictifs retrace son histoire ou évoque un trait de caractère. L’artiste joue ainsi avec les connaissances que nous avons des éléments de la pop culture et de la biographie de chaque personnage. Il est alors amusant d’essayer de retrouver les origines de tel ou tel tatouage. Ces œuvres nous renvoient ainsi à notre propre expérience et notre propre savoir sur les films, les séries, la musique, la littérature.

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C3PO / Stormtrooper / Frankenstein / Dexter – RedApe

 

La religion n’est pas oubliée. Jésus, l’icône par excellence, se pare également de tatouages colorés sur sa croix à travers les sculptures de Juliette Teal. Ultime provocation… ou plus grande démocratisation du tatouage ?

Il a également une histoire, presque aussi vieille que l’humanité, et est une tradition dans certaines régions du monde. Un portrait photographique de l’artiste Rhonson NG montre la dernière tatoueuse traditionnelle de la tribu de Butbut aux Philippines : Whand-Og. Elle a 99 ans et tatoue toujours à la main, avec une longue épine dans sa tribu, selon une tradition vieille de plusieurs millénaires. Ce portrait souligne la longévité de cette discipline, ainsi que l’importance de la faire perdurer dans le temps. Ces questions d’héritage et de transmission ont été soulevées par Brent Foster dans un court métrage, The Last Mambabatok, qui a fait de cette femme une icône dans le monde du tatouage. À voir absolument.

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The Last Living Mambabatok in the Philippines – Rhonson NG

 

La galerie Sakura, fidèle à elle-même, présente donc une exposition prônant la jeune création pop et nous fait voyager dans l’univers du tatouage avec brio. Le visiteur, par la multiplicité des propositions, y trouve forcément son compte. Que l’on soit connaisseur ou simple curieux, qu’on l’adore ou qu’on le déteste, une chose est sûre : le tatouage a encore de beaux jours devant lui. Une question reste cependant source de conflit : le tatouage, art à part entière ou simple discipline ? J’ai déjà mon opinion sur la question. Et vous ?

Flavie Ingelaere

En savoir plus : 

Site de la galerie : http://www.galerie-sakura.com

Galerie Sakura, 21 Rue du Bourg Tibourg, 75004 Paris – 01 73 77 45 69

Visuels : Courtesy de la galerie

 

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