La jungle urbaine d’Ardif

Un écureuil, un lion, un tigre. Vous avez surement admiré ces animaux dans un zoo ou dans un parc. Et si vous les croisiez dans la rue, comme vous ne les avez jamais vus ? Suivez-moi dans le monde d’Ardif, qui repense la ville par le dessin.

« Je dessinais un chat dans un parc, mais je n’ai finalement fait que la moitié. Puis j’ai décidé de construire son autre partie ». Son esthétique était née. D’abord sur petits formats, puis à grande échelle : il déploie très vite ses animaux mi-réalistes, mi-architecturés au cœur même de la capitale.

Par la symétrie et le découpage de ces figures, Ardif confronte deux mondes que tout semble opposer. D’un côté la nature, dans ce qu’elle a de plus familier : oiseaux, mammifères, batraciens… De l’autre, la technique, créée de toute pièce par la main humaine : mécanismes, grues de forage, architectures… L’artiste, par le biais de ses dessins urbains, crée un équilibre entre ces deux univers. Ils se répondent, dans un dialogue arbitré par la rue.

Il dessine un animal. Puis s’inspire de cet objet façonné par la nature pour dessiner son autre facette, son « lui » mécanique. Chaque détail est perceptible : du moindre rouage au plus petit écrou. Tout semble prêt à se mettre en mouvement. Alors que la société nous empêche de savoir comment fonctionne la technologie, Ardif nous invite à nous arrêter et comprendre comment ses animaux s’articulent. Il regrettait qu’on ne puisse plus ouvrir les machines pour observer leur fonctionnement. Ici, il met les siennes à nu.

Les murs ont aussi leur importance. Ils semblent jeter des clins d’œil au passant qui s’arrête un instant devant ces surprenants collages : rue du Renard, un goupil vous observe avec insistance. Rue de l’École de Médecine, c’est un cœur anatomique qui se dénude sous nos yeux. Parfois, l’arête d’un mur crée un effet de surprise. Les matériaux des édifices induisent, dans les vides laissés par le dessin, une autre dimension. L’urbain sublime le dessin.

Qu’elles nous fassent sourire ou nous interrogent, les créations d’Ardif en disent également long sur son histoire personnelle. En effet, issu d’une formation d’architecte, son avenir était tout tracé. Mais l’appel de la rue est trop fort. Alors que l’architecture est supposée perdurer dans le temps, il recherche l’éphémère, le renouvellement constant et la spontanéité. Il prône un art pour tous : le street art est pour lui « la forme ultime d’art public ». Ses œuvres sont à l’échelle de la ville, donc de la vie, mais le temps joue contre elles. Un jour ici, un jour disparues.

Par ses créations hybrides, cet acteur de l’art urbain dévoile et repense la ville, notre environnement le plus immédiat. Il y apporte un peu de poésie et de fantaisie. Et ça fait du bien.

Flavie Ingelaere

Vous pouvez retrouver une de ses œuvres au Mur Boulogne jusqu’à mi-janvier ; avant qu’il ne s’envole pour sa première exposition solo à la Galerie Fat Free Art, à New-York en avril.

Photo de couverture : crédit Yohanan Winogradsky. http://lavoixdelarturbain.com/streetart-balade-paris-balade-histoire/ardif-streetart-paris/

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