Mathieu Merlet Briand : Parthénons algorithmiques

À quoi sert un article monographique, un portrait d’artiste ? Est-il possible, par les mots, et quelques images, de rendre compte de l’émotion vécue face à une œuvre, de donner à comprendre le cheminement d’une pratique, tout en ménageant une place pour la dimension sensible ? Il s’agit de recomposer cette ouverture sur un monde autre, dont les œuvres sont comme de multiples interstices, qui dévoilent cet ailleurs, sans le dévoiler complètement, et nous donnent à voir un univers qui, s’il n’est tout à fait différent du nôtre, n’est pas tout à fait le même.

Mais à qui adresser la monographie critique ? Comment un article pourrait-il toucher — intéresser ? — tout à la fois l’averti qui connaît l’œuvre présentée, le néophyte qui la découvre, l’artiste qui voit son travail au prisme d’un autre et ménager, enfin, un espace d’expression critique. Il n’existe pas de formule miraculeuse à cette équation aux multiples inconnues. Les différents médias — littéraires, photographiques, vidéos— tour à tour y parviennent ou échouent. La qualité du travail critique, sa compréhension de l’œuvre et sa capacité à la retranscrire en mots sont évidemment des paramètres primordiaux. Le choix du format, à l’heure où les consommations de contenus se fragmentent et s’essaiment, paraît également revêtir aujourd’hui une pareille importance.

Je propose ici un format alternatif à l’article littéraire, dans le but d’explorer justement ce que peut être la rencontre entre un artiste, son œuvre, un critique, et le lecteur, à l’aune de cette multiplicité des formats. Il s’agit donc de prendre pour canevas un compte Instagram, créé spécialement à cet effet, dont la grille carrée, répartie en 3 carrés d’abscisse et 3 d’ordonnée, propose une immersion visuelle et pluri-textuelle dans l’artiste comme monde. S’y mêlent ainsi visuels d’œuvres, d’expositions, d’inspirations de l’artiste, mis au regard de textes critiques, de questions à l’artiste et d’interventions de sa part.

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#Red-Screen Temple, 2018, oeuvre pérenne, Kerkennah, Tunisie.

Mathieu Merlet Briand n’est pas un artiste digital, au sens où l’on catégorise souvent tout créateur dont la pratique sollicite peu ou prou les technologies nouvelles d’échanges et de communication. Il est un plasticien traitant du digital. Plus encore, il n’oppose pas le réel au virtuel, mais comprend celui-là comme une modalité de celui-ci. Par là-même, il évite d’imputer à sa pratique un discours normatif, historique ou purement politique, qui plombe parfois des approches s’évertuant à dénoncer le digital comme corruption irrémédiable du monde physique, ne voyant que les risques, réels certes, qu’il peut représenter aux niveaux politique, économique et environnemental. Peut-être sont-ce les mêmes qui qualifient encore notre génération de digital natives. Parce qu’il est natif de ces pratiques, justement, Mathieu Merlet Briand travaille et dévoile la porosité qui existe entre réel et virtuel, au cœur même de l’expérience quotidienne.

Le choix d’Instagram comme médium critique n’est pas commandé par la pratique de l’artiste présenté. J’aurais tout aussi bien pu y exposer l’œuvre de Daniel Buren — si tant qu’elle fut aujourd’hui d’un intérêt autre qu’hôtelier — ou de Bertrand Lavier — si cet article se trouvait dans la revue Chars écrasés. Toutefois, prendre Mathieu Merlet Briand comme poisson pilote — ou cobaye — de ce format sur Jeunes Critiques d’Art prend son sens dans la mesure où sa pratique est elle-même exploration et création de ses propres médias d’expression.

La suite de l’article monographique est présentée dans un compte Instagram dédié, spécialement conçu à cet effet.

Samuel Belfond

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