LA MAIN TENDUE DE CLARA RIVAULT

Ma peau râpe la poche de mon jean, mes doigts glissent en son sein et recueillent un corps froid que je devine pluriel. Ses parois rêches caressent mon épiderme qui parfois s’égare sur des chants plus doux. Une fois extirpé de cette cellule qu’est mon vêtement, je prends conscience de sa pesanteur. Ce sont deux doigts de bronze qui s’entrelacent et se délient au gré de mes mouvements. La paroi sectionnée est polie, si bien que s’y devinent les contours de mon visage. J’ai en main La promesse d’une promesse, une œuvre de Clara Rivault. Quelle drôle de sensation que de faire danser ces membres inertes dans ma paume, cette relique d’un instant figé, trace d’un consensus caduque qui glisse aujourd’hui de main en main.

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Le travail de Clara Rivault est éminemment personnel, il s’appuie sur des souvenirs d’aïeux, des rencontres fortuites ; mais il s’immisce en nous en prenant des airs de récits collectifs, de poèmes. Avec La Main, l’artiste nous laisse rentrer dans l’intimité d’une conversation qu’elle partage avec sa grand-mère. Une œuvre sonore dans laquelle on découvre la voix chevrotante d’une femme âgée atteinte d’Alzheimer. Elle tâtonne dans un esprit vaporeux où les souvenirs se cachent derrière la maladie. Pour la découvrir, il nous faut tendre l’oreille, nous approcher d’une imposante enceinte qui ne délivre qu’un chuchotement. Il est question de débris causés par des bombardements alliés. Un dommage collatéral d’un conflit qui touchait à sa fin et qui a détruit sa maison. Il est question d’une main dont la beauté est toute particulière, une main que les vestiges ont laissée intacte mais dont le reste du corps est enfoui sous les décombres. Et la voix conclut : « Maman avait des mains magnifiques, de très belles mains. »

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De cette demeure il reste un souvenir et une photographie. Elle date de 1944 et déjà la maison n’est plus qu’un amoncellement de pierres assassines, une plaie béante dans l’architecture de Conflans-Sainte-Honorine. Cette archive qui nous est désormais intime, Clara Rivault l’agrandit et la transfère au sol. Si bien que pour poursuivre l’exposition il nous faut la piétiner, écraser cette main devenue sculpture mentale, fouler ces gravats parents des ruines d’Alep et d’ailleurs.

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Camille Bardin

Visuels :
«La Promesse d’une promesse», 2018
Dimensions variables, bronze 1/3 éditions
«Greylight Project», Bruxelles

Transfert photographique sur bois, enceinte, trépied
200 x 130 cm
La Maison des Arts, Bruxelles

Installation sonore, transfert photographique sur béton
300 x 170,52 cm
«Greylight Projects», Bruxelles

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